Rattrapée par ses premiers amours, Dina Jsr s’inscrit aux cours du soir d’ESMOD à Beyrouth : de stylisme et modélisme, il sera désormais question. « J’ai toujours continué à penser à la mode et au stylisme, même quand je dessinais des bijoux ou triais des papiers ; au contact de l’élégance naturelle et du glamour des soirées libanaises, créer des robes puis, un jour, ma propre collection m’a soudain paru évident ». Forte d’un stage de 10 mois chez Rabih Kayrouz qui la conduit à suivre la vie d’une collection des premières esquisses à la consécration du défilé parisien, elle s’inscrit dans sa suite et fait de l’architecture du vêtement son premier précepte. De l’importance des finitions et des détails, son deuxième.
Perfectionniste dans sa vision des choses, Dina investit un atelier où, en 8 mois à peine, elle finalise une première collection. Une collection qui, selon elle, « permet d’approcher le sentiment intérieur de se sentir fabuleuse, comme portée par une pièce unique ». On y verrait presque sa passion pour la joaillerie ressurgir en filigrane…
STYLE ‘Première Collection’
Si l’architecture accrocha l’oeil de Dina dès sa première arrivée à Londres, elle continue de lui coller à la rétine pour dicter la structure même de chaque silhouette qu’elle dessine. D’infimes volumes géométriques en organza font écho à l’enfilade des colonnes qui habitent le site de Baalbek. L’importance des mathématiques pour la cité de Byblos rythme les plissés récurrents qui campent une robe bustier. Le paysage de la mer et des îles face à la ville libanaise de Tripoli compose, petit-point par petit-point, une ondulation inhérente à la matière. Un coton perforé d’oeillets accentue les lignes affûtées d’une robe de cocktail parfaitement citadine et aguicheuse : dans son sillage, les nuits de Beyrouth se réveillent.
Mais surtout, Dina excelle à mélanger les matières et surfaces pour les réveiller au contact les unes des autres : coton stretch mercerisé et volutes de mousseline nuage, dentelle ramifiée et grandes longueurs de mousseline lamé argent tachées d’éclaboussures, plissés rigidifiés en triple organza et mousseline habitée de motifs évanescents.
En tutoyant pans d’organza rose fuchsia et paillettes jaune-acide, Dina Jsr travaille la couleur comme des pierres semi-précieuses. Elle imagine déjà que, dans ses prochaines collections, le bijou ira à la rencontre de la robe pour éveiller plus amont sa personnalité et structure. Que ses coupes, et découpes, se feront au laser pour gagner en précision. Que la simplicité sera sa règle d’or pour révéler l’architecture même du vêtement.