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Cyrille Chardon, nous lui dédions cette édition de Modem Paris, mars 2012.
by Modem – Posted March 12 2012
© Modem

(29 avril 1943 - 19 décembre 2011) , co-fondateur et directeur de l’Atelier Chardon Savard

J’ai rencontré Cyrille Chardon et Dominique Savard pour la première fois au printemps 95 du siècle passé. Modem n’était même pas encore une idée, la Création de Mode encore une énigme pour moi. L’Art contemporain et la Galerie Barbaro, un univers par rapport auquel j’avais besoin de prendre du recul. Paris, une ville en recul depuis quelques années.

C’est peut-être parce que je m’étais persuadé qu’il fallait se perdre pour pouvoir se retrouver, que je me suis laissé séduire par un projet original avec un business plan « improbable » et par la jeune personne qui me l’avait suggéré : ouvrir une boutique saisonnière de jeunes créateurs de Mode dans le lieu de vacances et de fête le plus décadent et beau.
Par principe… et par manque de moyens, nous avons adopté la précieuse règle énoncée par Joseph Beuys : « faire le maximum avec le minimum » pour faire en sorte que le projet de la boutique « Miao House » se réalise et que puisse s’exprimer un nouveau concept esthétique.

Nous avons ensuite pensé à associer au projet une école de Mode et grâce à une amie qui dirigeait un bureau de Presse et qui connaissait bien cet environnement, j’ai découvert l’existence de l’école l'Atelier Chardon Savard et fait la connaissance de Cyrille et Dominique.

Ils étaient comme deux gouttes d’eau...
Je fus d’abord subjugué par l’enthousiasme qui s’affichait dans leurs regards quand ils évoquaient l’activité de l’Ecole. Ce fut pour moi un coup de foudre immédiat.

Cyrille m’avait particulièrement intrigué. Je ressentais que, chez lui, cet enthousiasme n’était pas juste celui d’une personne passionnée et gratifiée par son travail.

Il surgissait de plus loin, remontant tout droit de son esprit en laissaint sousentendre que ses préoccupations primordiales n’étaient pas uniquement celles d’honorer, comme il le faisait, son rôle de directeur de l’école et d’assurer la continuité de l’établissement par sa fonction de gérant.

Il me semblait évident qu’il était motivé par la vision et les capacités pédagogiques
de Dominique Savard et par les résultats tangibles qu’elle et l’équipe des enseignants atteignaient à la fin des cycles scolaires.
Mais il était d’autant plus heureux qu’il portait en lui la conviction profonde que sa personne et son expérience étaient aussi au service d’une noble cause, celle qui relie la création de Mode à tous les secteurs de la Création, pour tisser les moyens de communication capables de dépasser les frontières, les conflits et les contradictions et permettre la rencontre, le dialogue et le respect entre les différentes cultures.

Il était fier que dans la Babylone des ateliers de l’Ecole, ses dizaines d’enfants
communiquent entre eux par ce langage universel.

Grâce à leur accueil et leur disponibilité, je me suis senti privilégié. Ils ont apprécié le projet et sans réellement savoir qui nous étions, ils nous ont offert leur confiance et nous ont aidé à choisir dans « leur trésor » ce qui nous convenait le plus.
Sans même nous demander un gage matériel en échange, ils nous ont laissé en dépôt les
vêtements créés par leurs élèves.

Je n’avais d’ailleurs jamais vu auparavant de robes en caoutchouc et autres matières atypiques et, malgré mon scepticisme la plupart de ces pièces furent vendues et contribuèrent au succès d’estime de la boutique et au moment d’euphorie au sein de l’école quand les élèves m’accueillirent à la fin de la saison.

Je peux affirmer que ce fût cette rencontre qui éveilla en moi l’envie de m’intéresser de plus près au secteur de la Création de Mode et de m’impliquer par la suite dans la réalisation d’évènements dédiés aux écoles de mode.

Cyrille Chardon, quelqu’un de précieux, un homme bien, une référence pour moi et
pour ce que son école représente, une personne proche de tous ceux qui ont eu la
chance de le côtoyer, une présence…

Nous lui dédions cette nouvelle édition de Modem.
Ezio Barbaro

Photo : Sacha Héron

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