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Alessandra Lanvin


Les Nouveautés de la Fashion Week :

MODEM donne la parole aux designers qui présentent leurs collections pour la première fois. Ce cycle d'interviews relate nos rencontres avec ces créateurs et suivra le calendrier des collections.



October 19 2010
Fashion

D’où vient ce nom exotique pour votre ligne d’accessoires de luxe avec des sacs et des souliers?

Alessandra Lanvin : Je suis de mère italienne et de père turque. Aperlaï, c’est la nom de la ville antique lycienne, enfouie au fond de la Méditerranée qui était à vingt minutes en bateau de notre maison de vacances dans le sud de la Turquie. Ce nom me rappelle les souvenirs heureux de mon enfance. Et quand j’y vais aujourd’hui on est toujours une joyeuse tribu là-bas. Je voulu donné à la marque cet esprit de légèreté et de bonheur dans des moments de grâce.

Comment avez-vous atterrit dans la mode ?

A. L.: J’ai étudié les sciences politiques d’abord à Paris, puis à New York. Dans la vie professionnelle j’ai démarré comme chasseuse de tête pour l’industrie du luxe. Et pendant six ans j’ai fait beaucoup de recherches dans ce milieu et du côté créatif et du côté industriel et commercial. En 2009 la crise a touché notre secteur - ralentissement du marché, moins de recherches - du coup j’avais du temps pour réfléchir à des nouvelles perspectives. Et comme j’avais beaucoup travaillé sur les marque de souliers je voulais tenter ma chance dans ce secteur.

Qui invente le style de vos chaussures ?

A.L. : Nous avons commencé il y a trois saisons. Au début, j’ai travaillé avec le designer Burak Uyan, ancien de chez Giambattista Valli. Depuis cette saison, Geraldina Bassani Antivari qui a fait la St Martins School de Londres, est devenu notre styliste consultante et j’en suis très contente. Cette saison nous avons joué l’esprit du contraste et du trompe l’œil - avec des bandes de cuir, serpent ou pastenague dans des couleurs vives comme le rouge, turquoise ou bleu. J’aime m’imaginer une femme Aperlaï qui peut choisir entre une démarche féline ou l’allure romantique.

Où fabriquez-vous ?

A.L. : Nos chaussures sont fabriquées dans une manufacture à Florence qui travaille également pour Prada, Alaïa ou Derek Lam. Ils ont une énorme technicité qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Certains de nos modèles sont fabriqués en galuchat et ce cuir de poisson cartilagineux est très difficile à travailler. En France on n’aurait pas pu obtenir une finition aussi parfaite. Par contre, en Italie il y a encore des bonnes machines et les bons techniciens qui arrivent à faire des miracles avec cette matière.

Votre collection est très haut de gamme, glamour. Quelle référence aviez-vous en tête ?

A.L. : J’ai une grande passion pour l’artisanat. Pour Aperlaï j’ai surtout pensé à Massaro, un de plus grand artisan du soulier et le travail de Salvatore Ferragamo dans les années 50… Puis j’ai travaillé, avec une trésorerie toujours tendue.

Comment travaillez-vous ?

A.L. : Nous sommes une toute petite structure. Je travaille avec des consultants et des gens proches de moi qui ont envie de s’investir. Par contre, les fabricants ne font pas partie du capital de la marque. J’ai veillé à garder la création et la production séparées car c’est toujours délicat dans le cas contraire quand des problèmes arrivent.

Est-ce que dans un contexte de crise le marché des souliers de luxe résiste mieux que d’autres secteurs de la mode ?

A.L. : Oui, seulement si on offre un produit juste et au bon moment. Le prix des nos escarpins à talons hauts va de 500 à 900 € mais nous ne cherchons pas à faire des modèles ostentatoires. Quand nous avons lancé la marque nous étions en plein crise. Pourtant, nous avons survécu et là nous sommes en train de grandir tout doucement. Pour moi la relation avec les clients est véritablement importante. Puisque nous n’avons pas de vitrine « retail », la vitrine, ce sont les clients. Je préfère grandir petit à petit en créant des liens plus forts avec les clients.

Marcus Rothe pour modemonline.com
Photo : Marcus Rothe