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Eniana Velcani


Les Nouveautés de la Fashion Week :

MODEM donne la parole aux designers qui présentent leurs collections pour la première fois. Ce cycle d'interviews relate nos rencontres avec ces créateurs et suivra le calendrier des collections.



October 20 2010
Fashion

Ennia Velcani a lancé à Paris sa première collection originale et luxe dans des matières nobles comme le python, le croco et le vison.

D’où venez-vous ? Quel est votre parcours ?

Eniana Velcani : Je suis née en Albanie, à Tirana, où j’ai fait mes études d’histoire de l’art. A vingt ans, je suis partie en Italie pour étudier la mode à l’Institut Marangoni de Milan. J’ai commencé dans la mode d’abord en faisant un stage chez Jean-Paul Gaultier, puis j’ai travaillé pour John Richmond et La Perla et surtout pendant quatre ans pour Capucci avec Bernhard Willhelm, ce qui était génial. Pendant quatre ans, de 2005 à 2008, je me suis occupée des accessoires et des fourrures chez Plein Sud à Paris où on travaillait le cuir dans beaucoup de matières.

Que signifie pour vous de présenter votre première collection, très luxe, à Paris et comment avez-vous monté votre marque?

E. V. : Toute ma vie mon rêve était d’habiter à Paris, le centre de la mode. Cette collection est le début de la réalisation de mon rêve. Je travaille sur ce projet depuis trois ans. Au début je voulais seulement faire des fourrures pour les filles qui mettent les fourrures de leurs mères et de leurs grandes mères. A l’époque, je travaillé chez Plein Sud, où quelques des mes fourrures ont rencontré un grand succès. Quand j’ai annoncé mon propre projet d’une collection en fourrure, tout le monde commençait à me chercher.

Comment travaillez-vous ?

E.V.: Je fabrique mes pièces à Naples en Italie, parce que les fabricants italiens y sont vraiment spécialisés, depuis cinq générations, dans le meilleur cuir comme l’agneau. Ce sont mes fabricants et mes fournisseurs qui ont financé ma première collection. Pour l’instant je travaille avec une copine, Nadia, et avec mon attaché de presse. Après cette première collection je vais monter une vraie structure. Aujourd’hui, je possède ma marque à 90% mais je ne suis pas la gérante, car je préfère me concentrer sur la création.

Comment s’est construite votre première collection avec des pièces en python métallisé, en cuir d’alpaga, et en fourrure de renard, de vison ou de chinchilla?

E.V. : Je me suis inspiré du corps humain. Au départ je voulais travailler avec l’artiste d’art contemporain Philippe Pasqua, très provocateur. Il vient d’habiller une Ferrari avec du cuir tatouée par exemple. Je voulais faire une collection avec du cuir tatoué comme si c’était des pièces d’art. Mais en me documentant je suis tombé sur des choses assez agressives, fortes qui m’ont fatigué et j’ai renoncé à l’idée du tatouage. L’esprit « dark » de la collection est resté. Les couleurs sont le noir et le cuir naturel ce qui est plus commercial. En tout cas j’aime la provocation et je veux montrer qu’on puisse porter du cuir en total look d’une façon très élégante. J’aime porter le cuir comme si c’était un jeans de tous les jours, ou une robe en cuir léger qui ressemble à une robe en satin.

Pensez-vous à la femme active, folle de cuir et de fourrure?

E.V. : Oui, celle qui part le matin en mettant les talons dans le sac pour ne plus rentrer chez elle le soir ! Mais il y a aussi des hommes qui me demandent des pièces en fourrure, comme récemment Lenny Kravitz, par exemple. Avant de lancer ma marque j’avais payé de ma poche une pré collection uniquement en fourrure. Et pour me faire un peu de publicité j’avais donné des pièces à Bianca Brandolini, à Eugenie Niarchos et à Beth Dito qui les ont portés.

Des matières nobles, travaillées pour être très confortables, et non pas ostentatoires ?

E.V.: En ce moment, le sens pour le vrai luxe est presque en train de se perdre. On s’habille tous chez Zara et H&M ce qui est très bien, mais on commence à oublier la vraie valeur des pièces. Acheter chez Balmain un pantalon en coton à 2500€ qui, soi-disant, était mangé par des vrais souris, n’est pas une vraie vision du luxe. Mon client qui veut acheter une pièce veut la porter pendant des années ! Comme j’ai pu porter les fourrures de ma mère. Mon concept est la longévité des pièces : Un pantalon en bon cuir peut durer toute une vie ; pareil pour ce trench en cuir de python doublé en satin travaillé comme ça ; pour les fourrures ça va de soi !

Croyez-vous mieux survivre en faisant dans le haut de gamme - loin du « mass market » à la Zara?

E.V. : Ma collection s’adresse aux gens qui comprennent notre travail sur les matières nobles. Le prêt-à-porter du luxe est vraiment en train de se développer… car les gens veulent acheter sans jeter l’argent par la fenêtre. Mes pièces particulières en cuir ou en fourrure peuvent être portées de plein de différentes manières : Le matin, tu peux partir au travail avec un vêtement, puis tu le tournes de l’autre côté et tu mets de talons et du coup tout devient une garde robe très glamour du soir.

Marcus Rothe pour modemonline.com