Modem Mag / Interviews
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Design et Héritage
Dans le cadre des thématiques Design Collector, l'exposition organisée du 12 avril au 27 juillet 2008 à Paris par Sabine Sautter (Show-room Haute-Définition) s'articule autour de la notion de : Design et Héritage, Nous avons rencontré les neuf designers français participant à cette exposition. Ils ont eu la gentillesse de bien vouloir répondre à nos questions. Nous les en remercions.
Exposition du 12 avril 2008 au 28 juillet 2008 chez HAUTE DEFINITION et TERRES NUAGES
> www.haute-definition.com > www.terresnuages.com
design
Matali Crassetcategory : interviews
« On n’est pas obligé de matérialiser les choses. Il y a plein d’autres intelligences à développer, à mettre en réseau, la finalité n’est pas
forcément la matière. »
Quelle est votre définition des mots « design » et « héritage » ?
Pour moi, la notion d’héritage n’est pas dans la matérialisation, elle est dans les systèmes de pensée, c’est-à-dire, dans la façon de réfléchir. La vision que j’ai du design est de travailler sur des scenarii de vie et pas forcément à un niveau esthétique, sur une manière de prendre une matière, de la transformer ou de la dresser. La notion d’héritage qui m’intéresse est celle des systèmes de pensée, comme ceux des années soixante, soixante-dix par exemple, dans lesquelles il y avait une certaine idée de liberté : celle de casser les codes, de travailler sur des structures à côté.
Je ne travaille pas selon une notion d’évolution, j’essaie plutôt de faire une proposition parallèle. Pour les plus curieux, ceux qui ont déjà une certaine sensibilisation à essayer autre chose : une autre façon de vivre, de cohabiter... L’héritage serait presque antinomique avec mes prises de position. Même si je ne suis pas contre, le processus de développement de mon travail n’est pas dans un système de continuité, je pose mon regard selon un système d’angles de vue différents.De qui êtes-vous l’héritier ?
Je suis très intéressée par l’observation et l’analyse des ethnologues et par l’ethnologie contemporaine. Ils décrivent à la fois les attitudes (les habitus) et la façon dont on vit ensemble. C’est mon terrain. Dans la ville, il est intéressant de voir qu’il y a un monde qui se construit, il y a une analyse à faire sur l’évolution de la société. De nos jours, nous ne sommes pas dans l’optique de reconstruire mais plutôt dans celle de travailler dans les interstices. J’essaie de faire bouger les choses. Je garde les structures en tentant de les faire évoluer de l’intérieur, en les questionnant sans tout raser. Je crois qu’avec moins de moyens, on est plus subtil et qu’il y a beaucoup de potentialité. Il faut essayer de ne pas mettre en place des systèmes qui deviennent ingérables et très lourds pour les générations qui suivent.
Quels sont ceux que vous avez marqués de votre influence ?
Quand je fais des workshops dans les écoles, je rencontre en effet des étudiants qui travaillent de plus en plus autour des scenarii de vie et moins dans l’idée qu’un objet est égal à une fonction. Mais je pense que ce n’est pas simplement moi qui les influence, c’est plus une question d’époque, cela fait tout simplement sens avec la vie.
Quelles sont vos références, vos sources culturelles, esthétiques et de savoir-faire ?
J’aime bien inventer de nouvelles logiques mais cela dépend aussi des partenaires avec qui je les développe. J’ai mis en place une démarche, et les gens viennent à ma rencontre parce qu’ils ont l’impression que je peux intervenir sur tous types de terrains, je n’ai pas de limite d’intervention. Je travaille dans l’idée de faire des structures, des logiques qui sont de notre temps. Cette démarche est plus ou moins expérimentale, en fonction du partenaire, de sa marque et de qu’elle est capable de supporter. On peut faire un petit ou un grand pas.
Trouver la bonne direction c’est déjà quelque chose et puis voir jusqu’où l’on va. Le projet peut se faire de maintes façons...
On n’est pas obligé de matérialiser les choses. ll y a plein d’autres intelligences à développer, à mettre en réseau, la finalité n’est pas forcément la matière.
Quel est votre rôle en tant que designer ?
Je suis designer industriel et à partir de ce corps de métier, j’ai développé ma pratique. Petit à petit, on m’a demandé d’intervenir dans l’espace, dans la microarchitecture, dans la scénographie, les milieux de l’art aussi. Je pense me définir plus par une démarche que par un secteur dans lequel je viendrais montrer cette démarche.
Nous sommes dans dans un ancien système qui ne fonctionne plus, il y a nécessité à reconfigurer les choses. Mon rôle de designer est de proposer un nouvel angle de vue. Cela ne concerne pas uniquement le chef d’entreprise. Un particulier qui veut construire une maison sait que ce qui lui sera proposé sera très vite obsolète. La question est assez simple : comment faire en sorte de ne pas offrir un empilage de bonnes solutions ou un pack de technologies ? Cela ne fait pas un projet. Ce que les gens veulent, c’est un projet de vie qui va avec une maison. Quand on dessine une chaise, puis après une table, c’est un peu comme si on regardait la vie à travers un magnétoscope en arrêtant l’image. On dessine tout par petit bout et il n’y a pas de lien. Tout est fait par micro séquences. On n’en gère pas la globalité. Cela donne des aberrations et cela ne permet pas d’aller plus loin dans l’idée d’injecter la vie dans ces structures. Le siècle précédent était fasciné par les technologies mais pas pour les bonnes raisons ; aujourd’hui on s’intéresse à la technologie pour ce qu’elle nous permet d’atteindre, la réalisation de nos projets. Pour aller plus loin dans le contemporain.Propos recueillis par Cendrine de Susbielle
MODEM Design
références et liens: : www.matalicrasset.com
Crédit : Matali Crasset par Justin Morin - Broderie sur toile (Photo Patrick Gries, courtesy Justin Morin)

