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Marie Pok


January 02 2013
Design

Design et science fiction, le beau mariage.

Ancienne usine de charbonnage du XIXème siècle, le Grand-Hornu (Province d’Hainaut en Belgique) est un site unique en Europe. Il fait partie du patrimoine majeur de Wallonie et abrite deux institutions culturelles le Grand-Hornu images et le Mac’s.

Françoise Foulon a dirigé le Grand Hornu Images depuis sa création. Marie Pok lui succède en 2012 ; elle inaugure ses nouvelles fonctions de directrice avec l’exposition « Space Oddity : design/fiction » présentée jusqu’au 10 mars 2013 et l’exposition « Choses » du designer français Mathieu Lehanneur proposée jusqu’au 31 mars.

Après un succès phénoménal dans les années soixante, la science fiction fait-elle encore sens aujourd’hui ? Les technologies actuelles propulsent-elles l’imaginaire des créateurs vers la scénarisation de nouveaux modes de vie, de nouveaux usages ? Cette exposition tente de répondre en deux temps à ses questions, en offrant au visiteur plusieurs pistes de réflexion et d’interprétation et de nouvelles fictions imaginaires.

Rencontre avec Marie Pok.

« Space Oddity : design/fiction » est votre première exposition au Grand Hornu Images en tant que commissaire, depuis votre prise de fonctions de directrice.
Marie Pok : Oui, sur les 4 ou 5 expositions annuelles que nous présenterons, je souhaite assurer le commissariat de l’une d’entre - elles chaque année. Je tiens beaucoup à ce point de vue. Ce mois-ci, nous inaugurons également une exposition autour du travail du designer Mathieu Lehanneur. Nous accueillerons par la suite l’exposition consacrée au travail du graphiste Stefan Sagmeister (présentée précédemment au Mudac à Lausanne et aux Arts Décoratifs de Paris), puis nous présenterons une exposition centrée sur le jeune design belge avec Jean-François d’Or.

« Space Oddity » plonge le spectateur dans l’univers futuriste cher aux années soixante avec le clip et la chanson éponyme de David Bowie, sortis en 1969.
Marie Pok : Oui, la même année que les premiers pas sur la lune de Neil Amstrong et de Buzz Aldrin. L’époque d’alors est comme abasourdie par les premières expéditions de l’homme sur la lune. L’architecture, la mode, le design, l’électro-ménager, les objets de consommation s’emparent des formes esthétiques capsulaires, des matières synthétiques en écho aux recherches aéronautiques et aux avancées scientifiques. J’ai choisi de diffuser ce clip sur le sol à l’entrée de l’exposition, en hommage aux émission diffusées sur la BBC Mission Apollo 11 et à cet esthétisme (tous les canons du genre sont dans le clip), pour mieux projeter immédiatement le spectateur dans une autre époque : la sienne. Je ne voulais pas refaire une exposition historique telle que : «Tomorrow Now» proposée au Mudam (Lausanne) en 2007. Je suis passionnée par le design d’aujourd’hui, c’est donc une ellipse.



La première partie du parcours s’offre comme une déambulation dans un paysage qui exprime la fascination de l’homme aujourd’hui encore pour ces « bizarreries de l’espace », (traduction littérale du titre Space oddity).
Marie Pok :
D’une certaine façon la science fiction prédit l’avenir. Et on ne peut imaginer le futur qu’avec les techniques. Mais dans le mot composé « science fiction » il y a deux concepts, d’une part la technologie et d’autre part la fiction, c’est à dire , l’imagination au travail. L’exposition propose deux espaces, l’un dédié aux techniques et aux nouveaux outils dont disposent les designers ; l’autre aux objets rêvés par ces techniques. Ce sont deux types de fantasmes que l’on peut projeter en tant que designer et en tant que spectateur. Le visiteur est libre de projeter ce qu’il veut devant les objets qu’il croise. Comme par exemple, voir le casque de Dark Vador dans le tri pod de Aldo Bakker… Cette exposition propose au visiteur d’être créatif. La poésie n’est pas exclue du futur.

Raconter des histoires, stimuler l’imagination serait donc une valeur ajoutée du design ?
Marie Pok :
le designer (ré)enchante le monde. L’objet incarne des concepts. La recherche s’incarne dans un objet dont on va faire un usage.




Outre les objets ou installations, vous avez aussi choisi donc de montrer des processus et des techniques.
Marie Pok :
Il y a une vraie démocratisation des techniques. La question de l’utilisation de nouveaux outils comme l’imprimante 3D est très intéressante. Elle pose la question de la production (la fin du moule), celle de la propriété intellectuelle, du partage (l’open source) et de l’édition. Vous pouvez concevoir et produire vous-même un objet avec une imprimante 3D. On conçoit on imprime, on pense, on crée. Vous pouvez donc également produire pour produire, imprimer n’importe quoi. D’un autre côté cette technique présente l’avantage d’une production presque sans déchet, parfois même à partir de produits recyclés comme le 3D printer Robot de Dirk Vander Kooij.

La plupart des projets que vous avez sélectionnés émanent de designers hollandais ou flamands.
Marie Pok :
Oui c’est vrai mais ce n’est pas volontaire au départ, c’est probablement parce que le design hollandais est traversé par des questions prospectives. Certains des projets présentés étaient des projets de diplômes de la Design Academy d’Eindhoven par exemple. La société de consommation a montré ses revers, la culture du jetable ses limites. Dans la perspective d’un futur qui verra s’affirmer la primauté de la connaissance, l’open source accomplit déjà sa petite révolution. Les nouvelles générations de designers s’engouffrent avec jubiliation au sein des ces problématiques. C’est passionnant.

« Space Oddity » jusqu’au 13 mars 2013. Avec des pièces de : Aldo Bakker, les frères Campana, Nacho Carbonell, Wendell Castle, Hussein Chalayan, matali crasset, Drift, Dunne & Raby, Olafur Eliasson, Patrick Jouin, Markus Kayser, LAb(au), Julian Mayor, OS and OOS, Unfold, Jolan van der Wiel, Dirk Van der Kooij, Iris Van Herpen, Vibskov & Emenius, Marius Watz, .rad product.

Plus d’info : Grand Hornu Images

Propos recueillis par Cendrine de Susbielle

Image 1 et 2 : Dune & Raby - image 3 : Les Frères Campana.