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Ben


March 19 2010
Art

Retrospective de Ben à Lyon

A l'occasion de la retrospective Ben, intitulé “Strip tease intégral de Ben", au musée d'art contemporain de Lyon, nous l'avons rencontré.

Qu'est-ce que signifie dans votre univers l'idée d'une rétrospective ?

Au début j’ai pensé que c’était une mort anticipée, après je me suis dit que c’était à moi de jouer, de montrer les choses d’une façon vivante.
Je l’ai appelée "Strip-tease intégral" parce que je ne voulais rien cacher. En fait le premier étage ressemble à quelque chose de mort, le deuxième, c’est déjà plus vivant et le troisième, j’espère que ça l'est encore davantage.
En plus vous savez, j’ai des amis qui font des rétrospectives à 20 ans donc, dans mon cas, c’est juste une façon de parler, un mot qu’on utilise aujourd’hui.

Vous êtes un artiste très prolifique, votre art se construit sur une réactivité au monde, une sorte de performance permanente... Peut-on retranscrire ce devenir, ce mouvement dans une exposition ?

Je réagis à tout, j’aime bien réagir à l'art contemporain. En ce moment, je présente une exposition à la galerie Lara Vincy qui s’appelle "L’art contemporain me fait rire". Car c’est le cas quand il y a des Damien Hirst ou des Jeff Koons qui se vendent des millions. Mais il n'y a pas que l’art, je réagis à la politique, au peuple, je réagis à beaucoup de choses, à tout ce qui m’entoure et je suis indiscutablement un communicateur. Oui, je suis quelqu’un qui aime communiquer donc automatiquement quand j’ai une idée j’aime la diffuser. Au quotidien je la diffuse sur internet et si quelqu’un me propose de la diffuser dans une exposition, tant mieux. Je ne suis pas quelqu’un de renfermé sur lui même, qui cache ce qu’il pense.

Vous êtes très connu aussi pour vos «statements». Revendiquez-vous une dimension performative?

Moi, j’aime les phrases courtes, avec très peu de mots. S’il y a une phrase de 15 mots j’essaie de la réduire à trois ou quatre mots en gardant le sens.

Qu’est ce que définit ces statements : l’idée à transmettre ou le rythme de la phrase ?

Ah c’est une très bonne question. C’est la première fois qu’on me la pose. Je crois que le rythme pour moi est très important, il faut un rythme car le concept ne peut pas suffire. Les Anglosaxons ont des "statements" très courts, les français ont pris l’habitude de faire des phrases très longues, construites. Quand je regarde sur le net des citations je me rends compte que celles des français sont toujours très longues et que c’est très rare de trouver des citations courtes comme par exemple "Qui cherche trouve" de Picasso, "La où l’art apparaît la vie disparaît" de Picabia, ou encore "L’art m’emmerde" de Satie. C’est très court, mais c’est moi qui l’ai réduite…

Ben est un artiste populaire?

Oui mais je ne sais pas ce que cela veut dire. Les gens me disent toujours "Tu es populaire, tu es populaire". Et quand je demande pourquoi, ils me répondent que leur fils de 7 ans ou leur fille de 12 ans me connaît...
Je pense que ça doit être à cause des carnets et des cahiers mais ils me disent que non et qu’ils me connaissaient avant parce que je suis populaire chez les jeunes. Et là, je dois avouer que ça m'inquiète un peu. Car je pense qu’être populaire auprès des jeunes ne se fait pas sans raison. Ils doivent êtres convaincus que je ne fais que des "statements" et des cahiers et je suis sûr que quand ils vont se rendre compte que je réfléchis, que je pense et que je m’intéresse aux philosophes, ils vont me lâcher. Donc je ne me fais pas d’illusions et je me réveille en me disant "Ben aujourd’hui ils t’aiment, mais demain ils te lâcheront !" Je suis parano. Et quand je pense que je suis populaire je me dis « c’est louche, c’est peut-être la police ! »

Propos recueillis par Alessandra Fanari ©modemonline

Crédit photo : © Blaise Adilon