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Bérénice Angremy


March 25 2010
Art

Arles à Pékin

Interview avec Bérénice Angremy directrice avec Rong Rong & inri de Caochangdi PhotoSpring.

Les Rencontres d’Arles, rendez-vous internationale de la photographie, s’exportent en Chine. Cette collaboration inédite entre Arles et Pekin s’articulera sur trois ans. La première édition de Caochangdi PhotoSpring débutera le 17 avril 2010 à Pékin et se terminera en juin.

Comment définir "Caochangdi PhotoSpring", le projet d’une transposition des Rencontres d’Arles à Pekin ?

Il s’agit plus d’une invitation à célébrer le principe des "Rencontres à Pékin" que de les transposer là bas. Les RIP m’ont invité en 2007 à monter un programme sur la photo chinoise. Il s’appelait “Dashanzi a Arles” et voulait créer l’atmosphère de "798" qui était alors le quartier artistique qui a permis le boom de l’art contemporain en Chine. Rong Rong y participait en tant que photographe. On parlait alors avec Francois Hebel d’une rencontre en Chine, lui qui met régulièrement les photographes chinois à l’honneur depuis 2003.

Y- a - t' il une volonté d’inscrire la photo chinoise dans un circuit international ?

Avec Rong Rong, co-directeur de Caochangdi PhotoSpring (CCD PhotoSpring), nous discutons de monter une plate-forme dédiée à la photographie qui ne soit pas uniquement tournée vers l’exposition et la contemplation passive de la photographie, mais qui s'intéresse davantage à l’échange, qui s’inscrive dans un réseau. La photographie en Chine est issue de deux mondes de création très distincts. Elle se définit d'une part dans l’univers très clos de la photographie journalistique héritée des années 1980, qui évolue dans des cercles plus ou moins académiques et officielles (même si très intéressante néanmoins); et d'autre part dans celui très international de la photographie des artistes qui s’est développée très récemment, depuis une petite dizaine d’années. Nous voulons ouvrir ces réseaux entre eux, par le biais de rencontres qui soient internationales. Nous voulons aussi briser l’image d’une photographie chinoise assez clichée qu’on a souvent en Occident, et de montrer qu’il y a un foisonnement, une multiplication des genres.

Comment avez-vous définit la programmation ?

La programmation prend trois directions.
Il y a la programmation qui vient d’Arles, avec quelques expositions de grands et plus petits noms de la photographie (comme Daido Moriyama, Pierre Gonnord, Lucien Clergue) ainsi que des soirées (comme Sam Wadstaf, les nuits de l’Année ou de l’Europe) qui ont marqué les RIP. Cette programmation s’est construite avec Hebel, Rong Rong et moi-même, en fonction des attentes du public chinois et de nos visions d’un festival. Nous avons complété avec Rong Rong par une programmation qui nous tenait a cœur, notamment avec des photos et vidéos sur la Chine et ses conflits sociaux et urbains. Et une structure d’échanges animée par un symposium, des rencontres autour de la photographie. Et il y a enfin un troisième programme défini par les galeries partenaires du projet.

Diriez-vous qu'il y a une tendance ou une spécificité de la photographie chinoise ?

C’est une question qu’on entend partout, hors de Chine bien entendu, mais de plus en plus en Chine également. Les chinois aiment se targuer d’être “différents”, après avoir longtemps voulu faire partie du réseau international. Ils aiment vendre “leur spécificité”. Je crois qu’il y a des spécificités, mais qui ne suffisent pas pour former un groupe de création qui s’appellerait “La photographie chinoise”. Je dirais plutôt qu’il y a des cercles très spécifiques dans lesquels la photographie en Chine évolue, dont j’ai parlé plus haut. Bien sûr, on peut parler du goût récent pour la photographie digitale, que certains photographes manient à outrance. On peut aussi parler des artistes chinois qui n’ont pas froid aux yeux, quand ils utilisent de grands moyens, de grands formats, parce qu’ils ont aussi des moyens techniques peu onéreux qui font rêver tous les étrangers. On peut toujours analyser ça comme un certain type de photographie. Serait-ce suffisant pour en faire une spécificité “chinoise”? Je crois fermement que la force de la création tient dans son indépendance.

Propos recueillis par Alessandra Fanari ©modemonline
Crédits photos: Mo Yi