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Michele De Lucchi


May 05 2010
Design

Rencontre avec Michele De Lucchi autour de Produzione Privata et de ses nouveaux projets d’architecture: Triennal Design Museum à New York et Triennal Design Museum à Shanghai.

Comment est née l’idée de Produzione Privata?

Michele De Lucchi : "Dans un contexte de changement. Memphis fut une expérience libératoire au début des années 80, mais après une décennie, un tournant s’imposait, un changement qui pouvait mettre en valeur l’expérience faite avec Memphis.
Dans l’hiver 1990 je passais sous le tunnel de San Bernardino. Ma femme Sybille et moi réfléchissions sur ce que nous pouvions faire pour regarder le design d’un autre point de vue. On voulait faire quelque chose au delà des dynamiques et des logiques de l’industrie et en même temps complètement à l’intérieur du débat autour du dessin industriel. C’est comme ça qu’on a décidé de fonder une petite entreprise conçue comme un laboratoire, où expérimenter des techniques de production de type artisanal, souvent exclues des logiques de productions de séries, mais potentiellement très utiles à la production industrielle. On a fait une recherche sur les matériaux traditionnels pour en faire des objets du monde contemporain, en alimentant cette ambiguïté entre artisanat et industrie qui depuis toujours fait partie du mode opératoire italien et qui rend notre design si spécial."

Dans quelle mesure l’utilisation de la manufacture, du savoir faire traditionnel ou des formes de production alternatives à la série, redéfinissent notre relation à l’objet?

M.D.L. : "La série c’est une conquête de la démocratie du XXe siècle: c’est fondamental que la production soit devenue de série car il était nécessaire que tout le monde ait des objets sur lesquels s’asseoir, avec lesquels manger, travailler, penser, évoluer. L’industrie a rendu possible tout cela et j’ai donc pensé que l’industrie faisait le plus grand bien. Aujourd’hui il y a beaucoup d’aspects de la production industrielle qui doivent être reconsidérés, l’artisanat peut aider à récupérer cette dimension de plaisir intime dans l’usage de l’objet que la standardisation industrielle souvent ne permet pas."

Le titre de votre exposition évoque une dimension d’immédiateté. Pourtant la mémoire, individuelle ou collective, est constitutive de votre approche à l’objet...

M.D.L. : "La mémoire est simplement la base du projet. Chacun de nous se projette en relation à une mémoire qu'il se construit au cours des année: cette mémoire est faite d’images, de perceptions, d’intuitions, de renvois qui à travers les projets on peut arriver à transmettre aux autres. Mais nous sommes aussi les protagonistes de ce moment historique et en celui-ci nous opérons: c’est ainsi que ce qui naît est toujours le résultat de notre interprétation d’aujourd’hui, témoignage d'aujourd’hui. Et ce serait un problème qu'il n'en soit pas ainsi."

Vous travaillez aussi sur des espaces satellites du Triennal Design Muséum à New York et à Shanghai. Comment avez-vous abordez le projet chinois ?

<sld(delucci)|right>M.D.L. : "Je voulais présenter le design italien sous un angle inusuel: pas comme un patrimoine artificiel résultant d’une production industrielle, mais comme une série d’épisodes exceptionnels et excellents du savoir-faire italien, toujours à la frontière de l’homme et la machine, de la nature et la technologie. C’est ainsi que s’est présentée la possibilité de construire un musée non pas à l’intérieur d’une architecture mais d’un contexte naturel. Le design, comme oeuvre de l’homme qui vient de la nature, émerge d’une montagne faite de terre: une belle provocation pour une ville en plein tourbillon frénétique lié à l’Exposition Universalle! A l’intérieur de la montagne sont installés les espaces d’exposition, tandis qu'au sommet, à la surface, on a prévu une cafétéria et les autres espaces de convivialité. Même si creusés dans la terre, les espaces du musée doivent avoir une illumination la plus naturelle possible, c’est pour ça qu’on a pensé à des prismes en verre qui émergent de la montagne comme des pierres précieuses, qui
captent la lumière naturelle pour l’amener à l’intérieur. La montagne est la minière du design italien."

Alessandra Fanari ©modemonline