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Oliviero Toscani


May 21 2010
Fashion Art

Le photographe italien Oliviero Toscani, célèbre pour ses clichés provocateurs et controversés pour la marque Benetton livre ses impressions sur le Festival International de Mode et de photographie à Hyères.

Que pensez-vous de la Mode ?

O.T. : " Je pense que la mode représente quelque chose pour les pays émergents. D’ailleurs ils sont toujours excités par la mode. Les super puissances, elles, n’ont plus besoin de la mode."

De quoi ont-elles besoin alors ?

O.T. : "D’autre chose... J’ai remarqué qu'ici les femmes ne sont plus "à la mode". Elles s'habillent différemment. Il y a cinq ou six ans elles étaient l’avant- garde de la mode. Maintenant l’avant-garde de la mode vient des hommes "hybrides"."

A quoi travaillez-vous en ce moment?

O.T. : "Je fais une recherche anthropologique sur la race humaine. Je photographie des hommes et des femmes du monde entier. Ils pensent être divisés par la politique ou la religion mais ce n'est pas vrai. Ils ne sont divisés par rien. Chaque être humain est unique, un chef d'oeuvre, “un opera d’arte”. Aujourd'hui, les gens ne veulent pas être un "opera d’arte". Ils préfèrent être une mauvaise copie. Alors on a besoin des stars dans les journaux, de tous ces repères vulgaires offerts par la communication. Les femmes sont devenues des barbies. Regardez la télévision, c’est d’une vulgarité incroyable!"

Vous étiez Président du Jury, que pensez-vous du travail des jeunes créateurs que vous avez vu ici ?

O.T. : "Je travaille toujours sur des sujets qui m’intéressent. Ici les travaux étaient tous intéressants, mais rien ne m’a vraiment, je vous l'avoue, personnellement fasciné. Il est vrai que c’est toujours un peu le même système : le portfolio, la photo bien imprimée, bien accrochée au mur. Pour moi, la photographie ce n'est pas du tout cela. Ce serait plutôt de la sculpture. Ou la mémoire historique de l’humanité. La photographie est un art moderne, elle produit du souvenir, un témoignage. Un grand père est toujours vieux car il est l’image qu’on a de lui mais un jour, il a eu 18 ans. Il faut prendre conscience de l'importance de la vitalité de l’image, nous ne nous rappellons pas les photos de nous, pourtant elles en disent long... Il n'est pas la peine d'aller voir le psychanalyste pour se connaître. Il suffit de regarder sa propre photo sur son passeport..."

Oliviero Toscani


Propos recueillis par Elena Philipova ©modemonline
Photo Credits: Emmy Lou Maintigneux