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Vanessa Bruno


September 30 2011
Fashion

La délicate légèreté de l'être

A vos débuts, chacune de vos collections était présentée sous la forme d'une installation réalisée en collaboration avec des artistes plasticiens, comme Davide Balula, des musiciens, et dans des lieux liés à l'art contemporain, comme la galerie Seguin, le Couvent des Récollets ou le Musée D'art Moderne en 2007. Qu'est ce qui vous a amené à montrer vos vêtements de cette façon plutôt qu'à travers le classique défilé de mode ?

Vanessa Bruno : "J'aimais l'idée de jouer sur plusieurs plans narratifs simultanément, de composer un patchwork . Créer un univers, raconter l'histoire d'une collection à travers différentes formes, vidéo, peinture, sculpture, musique, et histoires plastiques. Plus qu'une volonté d'installation artistique, l'ambition était plutôt d'immerger les spectateurs dans un environnement poétique, un tableau animé par la déambulation des filles dans l'espace, qui devenaient partie intégrante de la scène, au lieu de la traditionnel apparition/disparition dans les défilés. D'ailleurs ce n'était pas des mannequins, mais uniquement un casting sauvage de modèles avec une personnalité particulière."

Etait-ce une manière pour vous d'extraire la mode d'une question purement stylistique et tendance pour l'inscrire dans un environnement émotionnel et plastique plus vaste ?

<sld(vbruno)|right> V.B. : "Mon intention était vraiment de solliciter l'imagination, la pensée des spectateurs. Projeter des images, les plonger dans un univers pluriel. A l'inverse d' un défilé qui dure dix minutes et doit faire passer un message très clair dans un temps réduit, l'installation était un moyen d'aborder la collection avec un autre rapport au temps, dans une émotion plus posée."

Quels sont les artistes qui ont collaboré à ces installations ?

V.B. : "Davide Balula, Cyprien Chabert, Antoine Parrot, Nicolas Descottes, Sandrine Peltier..."

Pourquoi avez-vous arrêté ce type de présentation ?

V.B. : "Après avoir expérimenté et développé ces installations/présentations pendant 10 ans, j'ai eu simplement envie de m'exprimer différemment."

L'invitation de la Galerie des Galeries à mettre en scène votre univers à travers non seulement, la mode, mais tout ce qui l'entoure et l'inspire, fait en quelque sorte écho à cette approche de vos débuts ?

V.B. : "Cette exposition est en effet une opportunité de réactiver cette expérience. Cette fois, il s'agissait de réunir le travail d'une décennie et montrer sa cohérence dans le temps, comme l'histoire visuelle que j'ai pu développé avec le photographe Mark Borthwick depuis 8 ans par exemple. L'installation présente et rassemble les premières images qu'il a réalisé pour moi jusqu'à celle qu'il a prise plus récemment avec Bambou."

Comment est née votre rencontre avec Mark Borthwick ?

V.B. : "Nous connaissions et apprécions chacun le travail de l'autre lorsque nous nous sommes rencontrés. Notre proximité s'est spontanément traduite par une longue collaboration.
Mark Borthwick a tout de suite compris l'importance pour moi de mettre en scène ce rapport et ce dialogue intime entre femmes, et surtout de se détacher du caractère distancié que l'on retrouve dans l'image de mode, pour favoriser une intimité, un passage où l'on se rapproche du rêve, de la poésie. Ses photographies savent saisir et magnifier les valeurs subliminales que l'on aime autour d'une femme. Cette intimité est aussi ce que j'ai cherché à accentuer dans les vidéos réalisées avec la photographe et vidéaste Stephanie Di Giusto pour présenter mes dernières collections."

Qu'est ce qui vous a incité à utiliser la vidéo pour vos derniers catalogues ?

V.B. : "J'ai eu envie que la sensibilité et la poésie que l'on retrouve dans les images de Mark Borthwick s'incarne véritablement dans le mouvement. La vidéo donne vie à l'émotion qui caractérise la fille et le type de féminité pour qui je crée des vêtements. Elle rit, elle pleure, elle vit tout simplement. J'envisage le film de chaque collection comme une poésie visuelle sur l'univers de la marque."

Quelle Vanessa Bruno habite le personnage de Lou Doillon que vous avez choisi comme image depuis plusieurs saisons ?

V.B. : "Lou Doillon projette ce côté animal et secret, sophistiqué et naturel. Je suis très fidèle et lorsque je me sens proche de quelqu'un, j'aime prend le temps d'approfondir et de prolonger la collaboration jusqu'à un certain aboutissement. Il y a trop de « zapping » aujourd'hui. Il est essentiel de savoir se poser, apprécier, entrer dans le contenu que l'on crée et le nourrir au maximum."

La musique tient une place importante dans votre univers. Que ce soit dans vos défilés, dans les vidéos pour présenter vos collections, il y a toujours un musicien ou un groupe invité. Vous avez également sortie une compilation pop Folk, Plant a Tree, il y a 2 ans. Comment définiriez-vous ce dialogue entre vous et la musique ?

V.B. : "Musicalement, j'aime beaucoup de choses, mais particulièrement l'atttitude « on the road » présente dans la mouvance californienne 70's des songwriters américains; Pour cette compilation, réalisée avec mon ami Thomas Gizolme, nous avons cherché a retrouvé des chansons ou des artistes oubliés de cette période. Notre but était de remettre en lumière un certain pan de l'histoire folk américaine. Parallèlement, nous avons aussi souhaité donner à ce projet musical une envergure environnementale et écologique, et associer chaque vente d'album à la plantation de 5 arbres dans le but de favoriser des opérations de reforestation."

Pour cette carte blanche aux Galeries Lafayette, vous avez invité l'artiste Daniel Firman, connu pour ses sculptures humaines très réalistes où le vêtement compose un des éléments du scénario visuel. Comment est née cette collaboration ?

V.B. : "Daniel Firman avait déjà utilisé mes vêtements pour ses sculptures, et dans le contexte de la Galerie des Galeries, mon challenge était de trouver un moyen décalé d'introduire le vêtement. L'idée d'avoir la présence de ses personnages féminins étranges, le visage caché, habillés de mes vêtements, comme un accident dans l'espace, m'est apparu tout de suite comme une évidence."

Avez-vous envisagé de travailler avec d'autres photographes que Mark Bothwick ?

V.B. : "J'envisage de poursuivre ma collaboration avec Mark Borthwick et d'en initier de nouvelles mais avec des artistes ou personnalités qui n'ont pas forcément l'habitude de faire des photos ou ce type de photos."

Avez-vous en projet d'accentuer ces collaborations avec des artistes ?

V.B. : "C'est évidemment une démarche qui m'intéresse et que je souhaite renouveler, dans un contexte où plus particulièrement, les artistes plasticiens ont eux aussi ce désir de repousser les frontières entre les domaines et milieux artistiques. C'est une attitude d'autant plus importante dans un milieu aussi marketing que la mode. Aujourd'hui, j'aime cultiver la singularité de mon univers, car c'est ce dont les gens se sentent proche et ceux à quoi ils adhèrent. Il y a donc simultanément une certaine exclusivité et une familiarité qui se crée."

Si vous deviez décrire en une phrase, ce que vous racontez avec votre marque depuis le début?

V.B. : "Une certaine histoire de l'épanouissement de la femme."

Vanessa Bruno SS12 Show: October 3, 2011

Audrey Mascina © modemonline