Common Ground
La 13ème exposition internationale de la biennale d’architecture de Venise présente, jusqu’au 25 novembre, 55 pays, sur les sites des Giardini et de L’Arsenale ainsi que dans la ville. L’occasion pour les professionnels, journalistes, étudiants, amateurs et touristes de se pencher sur les enjeux contemporains de cette discipline.
Cette 13ème biennale menée sous la direction artistique de David Chippelfield propose une exploration des territoires et des pratiques de l’architecture, qu’ils soient historiques, économiques, philosophiques, utopiques ou idéologiques. Elle offre par son titre «Common Ground» d’en explorer chaque strate à travers un langage commun, terrain d’entente et de partage, dans un monde marqué par les catastrophes.
Poste d’observatoire d’un monde en mutation, laboratoire de recherche à l’œuvre entre contraintes économiques et environnementales, l’architecture serait le trait d’union entre les disciplines et leurs représentations.
25 pavillons nationaux et un pavillon central collectif abritent des projets d’architectes devenus stars, d’agences confirmées, de jeunes architectes et d’artistes, tous médias confondus. Les représentations de l’architecture, de l’habitat individuel ou de masse à la tour, symbole de puissance économique et politique, des structure collectives aux lieux patrimoniaux, sont traités soit par des textes, images et maquettes, soit à travers des oeuvres d’artistes contemporains (photographies, installations, peintures, vidéo…). Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’art contemporain devient une façon de « montrer » l’architecture, le premier des beaux arts, et non plus simplement une discipline qui viendrait en tant qu’invitée, la traverser ou l’enrichir.
Le Pavillon centrale
Dans le pavillon central, à la maquette de la tour Hong Kong et Shanghai Bank HG (1986) de Norman Forster répond la photographie d’Andrea Gursky (1994); Les artistes Peter Fischli et David Weiss photographient 800 aéroport à travers le monde. L’installation propose trois sculptures, des personnages figés devant un diaporama de vues anonymes, prises sur le tarmac ou dans les aérogares. Lieu de passage et lieu commun mais également non lieu, car non identifiable et anonyme, l’aéroport est surveillé, hyper sécurisé et clos. Il ne fait pas bon s’y faire remarquer, égarer ses bagages, être hors norme. Pour Olafur Eliasson, la lumière n’est plus simplement le moyen d’illuminer un objet ou un espace. L’artiste danois plonge par intermittence, le spectateur dans l’obscurité et stimule ainsi une réflexion sur la place de la lumière dans la société. Le designer Jasper Morrison, présente une série de photographies de petites et grandes architectures, sources d’inspiration pour son travail de designer d’objet.
Les Giardini
Dans les Giardini, chaque pavillon chante ou dénonce les progrès, dérives ou catastrophes en son pays. Quand la Belgique dénonce la planification urbaine dans les Flandres pour proposer des modèles alternatifs et écologiques, la Hollande révèle la richesse et la diversité patrimoniales de son territoire. A l’heure du grand Paris, sous le titre « Grands & Ensemble », le pavillon français s’intéresse à l’habitat et aux conditions de vie dans les banlieues de la région parisienne. Croisant les points de vue des étudiants, des architectes mais aussi des habitants des quartiers, cette exposition révèle le potentiel d’un territoire exceptionnel à travers des films documentaires, des photographies, des maquettes. Du Pavillon japonais, avec le projet Home-for-all, Toyo Ito pose la question d’une possible architecture ou pas, d’une possible renaissance ou pas d’un territoire dévasté après le séisme et Fukushima. Politique et burlesque, le pavillon israélien dénonce une influence américaine à l’œuvre dans le pays, en mettant en exergue une phrase d’un secrétaire d’état américain qualifiant le pays d’insubmersible porte-avion des USA dans un environnement hostile. Les commissaires proposent un pop-up store d’objets à vendre, résumant les problèmes complexes en marche sur le territoire et dans le monde. Un Puzzle éclaté de l’ex Union Soviétique, des barils de pétroles vides, des figurines des Président Anouar –el-Sadate, Jimmy Carter et Menachem Begin, une bouteilles de terre de Judée estampillée d’une croix, d’un croissant ou d’une étoile de David, composent, entre autre, ce supermarché burlesque.
L’Arsenale
Les stars sont à l’honneur dans le bâtiment de la Corderie avec une installation aux formes algorithmiques de Zaha Hadid (Prisker Prize 2004), des photos du Elbphilarmonie de Hambourg des célèbres Herzog et de Meuron .
L’ installation « Gateway » de Norman Forster inonde le visiteur de paroles lumineuses, blanches et en mouvement. Sur les murs de la pièce sont projetées des images de lieux historiques du monde occidental, villes nouvelles en expansion et favelas, images de bouleversements sociaux, manifestations, stades et édifices publiques. L’artiste Thomas Struth expose, selon un choix personnel, en quatre endroits de l’Arsenale, des photographies prises entre 1970 et 2000 qui suggèrent fortement la dimension sociale et politique de l’architecture. L’agence Urban-Think Tank projette le film documentaire Torre David ou l’expérience unique de l’occupation illégale d’un gratte-ciel de quarante-cinq étages resté inachevé après la mort de son entrepreneur et la crise économique de 1994, et devenu, à Caracas, l’habitat de près de 750 familles, soit plusieurs milliers de personnes. Récompensé par un Lion d’Or, ce projet ravit ou scandalise. Si un tiers de la population de Caracas vit dans des bidonvilles, ce bidonville à la verticale, tour sans électricité, sans eau, sans rambarde devenu lieu de vie et centre commercial improvisé, semble le symbole de la récupération par la population d’un signe fort du capitalisme.
Venise, Cité des Doges, est le lieu des avant-premières pour les projets d’architecture. Philippe Chiambaretta, fondateur de l’agence PCA-Architectures (Paris), présente à Venise la seconde édition de la revue collective Stream 02, dédiée à l’évolution des conditions de travail et à la conception des espaces qui lui sont consacrés, à l’heure des crises et mutations économiques et environnementales. Les tours de bureaux et les quartiers d’affaires qui, sur le modèle américain, continuent de proliférer et de façonner le skyline des villes, resteront-elles le modèle urbain et architectural du XXIème siècle ? L’occasion pour l’architecte, directeur de la revue, de donner la parole à des philosophes, critiques, artistes, designers, architectes, experts et journalistes (Bernard Stiegler, Yann Moulier Boutang, Marty Van de Klundert & Willem Van Willem, Julien Prévieux, Ronan & Erwan Bouroullec …) et d’apporter différents éclairages sur le devenir de la « forme-travail ».
Du vaporetto en partant vers l’aéroport Marco Polo, on passe devant la Fondation d’entreprise Wilmotte, installée à Venise contre vents et marées, et qui ouvre enfin ses portes avec une programmation d’ expositions des lauréats de la Fondation, des expositions des artistes travaillant autour de l'architecture et du paysage, des rencontres, des présentations et des signatures d'ouvrages.
Présentée jusqu’au 25 novembre prochain, cette vaste et riche Biennale internationale fait de Venise, à deux encablures de la Mostra et quelques mois de la Biennale d’art contemporain, le haut lieu de l’architecture en Europe, entre Palazzi et friches industrielles.
LES PALMARÈS
Le Jury de la 13ème Exposition Internationale d’Architecture de la Biennale de Venise, composé de Wiel Arets (président, Pays-Bas), Kristin Feireiss (Allemagne), Robert AM Stern (USA), Benedetta Tagliabue (Italie) et Alan Yentob (Grande-Bretagne) a décerné les récompenses suivantes:
- Lion d’Or
L’architecte portugais, Álvaro Siza Vieira reçoit un Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière.
- Lion d’Or Meilleur pavillon national
Le Lion d’Or pour « la meilleure participation nationale » est décerné au pavillon japonais à la tête duquel l’architecte Toyo Ito entouré de jeunes architectes et de la population locale, propose un point de rencontre de première urgence, dans un contexte post-Fukushima.
- Lion D’Or meilleur projet « Common Ground »
Le « Lion d’Or pour le meilleur projet incarnant l’esprit du Common Ground » a été remis à Torre David / Gran Horizonte, présenté par l’agence Urban-Think Tank (Alfredo Brillenbourg, Hubert Klumpner), Justin McGuirk, Iwan Baan et aux 750 familles de Caracas qui ont créés et développées une communauté et une nouvelle façon d’habiter à partir d’un bâtiment (une tour) squatté et resté inachevé.
- Meilleur espoir « Common Ground »
Le Lion d’Argent est décerné à Grafton Architects (Yvonne Farrell et Shelley McNamara).
Plus d’informations :
www.labiennale.org
Fondation Wilmotte
Revue Stream
Text: Cendrine de Susbielle



